CHARLIE HEBDO et la cohésion nationale

En réponse aux attentats, meurtres et prises d’otages de ce début d’année, la marche républicaine du 11 janvier 2015 fera date et sera certainement élevée au statut de moment historique de l’Histoire de France, du moins de l’histoire récente. Elle a mobilisé, à Paris, et dans toutes les villes de France, des milliers de personnes, venues, sur appel des autorités politiques, manifester leur refus de la terreur, défendre les valeurs de notre pays, dont la liberté d’expression. Ce rassemblement, son ampleur, a été à la hauteur des crimes commis. Toutefois, si ces actes de terrorisme sont injustifiables, les causes doivent être correctement analysées pour éviter, autant que faire se peut, que cela ne se reproduise.

Pourquoi de jeunes français en viennent à commettre de tels actes de barbarie ? Du fait même qu’ils soient français, qu’ils aient grandi en France, la responsabilité de notre pays ne peut être passée sous silence. Sur notre territoire, des quartiers entiers ont été abandonnés au chômage de masse, pendant des décennies, laissant nombre de jeunes au ban de la société, institutionnellement discriminés. Les émeutes de banlieue de 2005 et 2007 n’ont, malgré leur fort impact, accouché que de mesurettes : les politiques publiques menées n’ont jamais été à la hauteur des enjeux. Résultat : un terreau propice à la radicalisation. Ces enfants ne sont pas nés terroristes, ils le sont devenus.

Au-delà d’un système d’intégration en échec, notre engagement militaire dans certains théâtres d’opération extérieurs n’est pas neutre. Si la France avait été bien inspirée de ne pas se rendre en Irak sous le prétexte fallacieux d’armes de destruction massive inexistantes, elle est aujourd’hui en guerre dans de nombreux pays musulmans. Ces guerres, qu’elles soient jugées fondées ou pas,  créent inéluctablement des dommages collatéraux : aucune guerre n’est « propre », des innocents, tels que nous nous considérons nous-mêmes, meurent, ce qui alimente la haine, l’envie de vengeance. Comme tout ceci se déroule en dehors de nos frontières, nous n’en prenons pas suffisamment conscience.

Quand ces facteurs endogènes et exogènes se rencontrent, les conditions du pire sont réunies et, oui, il y a véritable un problème. Un problème dont Charlie Hebdo est, désormais, un funèbre symbole. Si, légalement, la liberté d’expression accorde le droit au blasphème, il doit aussi exister une éthique de responsabilité sur la ligne éditoriale choisie. Toute opinion est bonne à dire, mais pas à n’importe quel moment, et de n’importe quelle façon : le respect doit primer pour que la paix sociale soit préservée. Avoir une parole mesurée, dénuée de provocation, qui ne cause de tort à personne, cela n’empêche pas de dénoncer et de se faire comprendre : c’est la ligne de conduite qu’il nous faudrait observer.  

Ces dessinateurs, qui ne méritaient pas de mourir pour leurs caricatures, ont servi de catharsis à une société française en mal de boucs-émissaires. Derrière ces caricatures, il y a indubitablement un effet exutoire pour une bonne part de la population qui, à travers ces dessins, voit la réalisation d’un désir inassouvi de brocarder un islam qui cristallise leurs peurs. A cet égard, l’intransigeance éditoriale des auteurs constitue une forme de radicalisme, légal mais aveugle des conséquences pour la cohésion nationale. Loin d’avoir fait le nécessaire pour que ces peurs soient dissipées, ceux qui, aujourd’hui, nous appellent à l’union sacrée sont parfois ceux-là même qui ont laissé la situation se détériorer.

Pour finir, et pour les lecteurs qui n’apprécient guère les nuances apportées ici, je tiens à rappeler, de façon claire, explicite, que je suis absolument contre ces actes fanatiques d’une violence inouïe. Je les condamne sans ambiguïté. Je ne comprends pas, et ne comprendrai  jamais, qu’on puisse ôter la vie d’un être humain au nom d’une religion. En revanche, je ne suis pas Charlie car Charlie a une lecture trop simpliste, manichéenne, des événements. Je suis pour la paix mais, pour vraiment l’obtenir, il faut supprimer les ingrédients de la haine : les guerres, dont l’utilité reste à prouver, ainsi que les discriminations, en font partie. Sans cela, les germes de la division seront toujours présents.

Brice NKONDA

 

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