En France, l’administration et l’enseignement doivent être réorganisés pour retrouver le chemin de l’efficience éducative, et pour être bénéfiques à tous les élèves, sans exception. Or, 140 000 jeunes en moyenne sortent du système scolaire sans diplôme chaque année, chiffre qui constitue à lui seul un indicateur d’alerte quant au dysfonctionnement de notre institution. Si le diagnostic a été posé depuis longtemps, et les leviers d’amélioration pour la plupart identifiés, il convient de les activer, en même temps, pour assurer la cohérence globale du changement à insuffler. A cet égard, je propose de nous inspirer du système finlandais, l’un des mieux notés en termes de performance éducative, système qui s’organise autour de quelques idées directrices : l’autonomie accrue des établissements scolaires pour développer un projet pédagogique adapté au public d’élèves adressé, l’amélioration de la formation initiale et continue des enseignants, la concentration des moyens humains dans les écoles les plus défavorisées.

Pour ce dernier point, il s’agit notamment de revoir la politique d'éducation prioritaire dont on sait qu'elle n'aboutit pas toujours à donner plus à ceux qui ont moins. Enfin, des dispositions complémentaires doivent être prises : s’assurer de la convergence des cours, donner un pouvoir hiérarchique au chef d’établissement, privilégier la validation des acquis à la note sanction...

Pour s'adapter à chaque public d'élèves :

donnons plus d'autonomie aux écoles.


Comment donner plus d'autonomie aux écoles ?

En renforçant les prérogatives du directeur d'école

Les directeurs d’écoles doivent avoir suffisamment de latitude opérationnelle pour que leurs initiatives aient un maximum de résultats. Pour qu’une école puisse se tenir à la ligne d’intervention qu’elle s’est fixée, il est essentiel que le directeur en soit véritablement un, et que les enseignants soient sous sa responsabilité hiérarchique directe, et non sous celle des inspecteurs d’académie. Aussi, le directeur devrait pouvoir recruter des enseignants, tous profils confondus, qui correspondent au projet de son école, à la condition que ceux-ci restent 3 ans, à minima, pour assurer la stabilité des équipes et une continuité éducative.

En accentuant la liberté pédagogique des enseignants

Une haute qualification des enseignants justifierait une plus grande liberté pédagogique. Ils seraient en charge de planifier eux-mêmes les programmes, de définir les objectifs et critères de réussite de leurs élèves, de travailler avec des enfants à besoins éducatifs spéciaux. Cela signifierait moins de contrôle central, moins d’inspection nationale, moins de réglementations et de décrets ministériels. Il faudrait, en conséquence, diminuer le corps administratif de l’Education Nationale pour réévaluer la rémunération des professeurs, ce qui, avec un niveau Master, serait légitime.

En ayant des programmes sur mesure pour mieux sensibiliser les élèves

Tout en veillant à la transmission des savoirs fondamentaux, chaque école doit avoir la possibilité de décliner des programmes sur mesure. Comme les écoles finlandaises qui jouissent d’une très large autonomie par rapport à l’administration centrale, chaque établissement français pourrait mettre sur pied ses propres programmes, et les renouveler chaque année, si nécessaire. Quant aux savoirs fondamentaux, ils continueraient à être enseignés du fait qu’ ils constituent le socle minimum exigé par l’administration centrale.

En ayant un meilleur encadrement et un meilleur suivi des élèves en difficulté

Quels que soient les moyens financiers dont disposent les établissements, les moyens humains sont les plus à même de résoudre les situations complexes rencontrées dans l’enceinte scolaire. Plus un élève est en difficulté, plus il a besoin d’une écoute spécifique et d’un suivi personnalisé. Il convient donc d’améliorer le niveau d’encadrement. Pour y parvenir, il y a urgence à rétablir les RASED dans chaque école classée ZEP, il conviendrait également d’affecter plus de maîtres que de classes. Enfin, la baisse des effectifs ZEP peut s’obtenir en augmentant les effectifs hors ZEP dans les mêmes proportions.

En soutenant l'action des enseignants par un bon dispositif extrascolaire

En ZEP, la capacité à intervenir sur le contexte extrascolaire des élèves est capitale : en positionnant des acteurs spécialisés, les enseignants seront mieux à même de réaliser leur mission. Pour cela, les Mairies devraient allouer plus de budget aux structures de prise en charge des élèves en difficulté, aux associations qui, par exemple, interviennent sur l’alphabétisation des parents, l’aide aux devoirs... Cela ferait partie du projet d’école, en coordination avec les services municipaux.

En adaptant l'école à la modernité

Le numérique, les langues, le développement des individus constituent de réels marqueurs de notre société actuelle : les projets d’école doivent prendre en compte ces facteurs. En ce qui concerne le développement de l’élève, il ne doit pas être entravé par un recours prématuré et systématisé à l’évaluation. Il s’agit plutôt de mettre l’enfant en confiance quant à ses capacités, notamment dans les petites classes. A cet égard, il serait intéressant qu’un professeur puisse suivre et organiser la progression de ses élèves sur tout un cycle (3 ans) : ainsi, il pourrait capitaliser sur sa connaissance des élèves et des parents.

En ayant la possibilité de tester l'approche pédagogique inversée

Beaucoup de contenus d’enseignement sont présents sur Internet : face à cette génération d’enfants 2.0, les professeurs sont dans l’obligation de reconsidérer leur approche éducative.  En la matière, la pédagogie inversée constitue un mode d’apprentissage qu’il serait pertinent de déployer, notamment au collège. Selon cette méthode, les élèves sont co-constructeurs du cours : ils doivent, préalablement à chaque cours, collecter les informations, les apprendre, et effectuer les évaluations en ligne qui s’y rapportent. Ainsi, lors du temps de classe, le professeur peut jouer un rôle plus qualitatif en vérifiant la compréhension du sujet traité, en favorisant les échanges de points de vue, et en organisant des activités individualisées.


"Il n'est rien au monde d'aussi puissant qu'une idée dont l'heure est venue." Victor Hugo

 

Commentaires

L'idée d'un tant soit peu d'autonomie des écoles pour faire face à des micro-climats, comme à Gennevilliers le collège Guy Mocquet ne baigne pas dans le même environnement que le collège Pasteur, est bonne dans le fond.

Le problème de cette proposition est que les écoles ne maîtrisent pas les chaînes de l'amont jusqu'à l'aval. En effet, si on prend le 93, on voit que ce département absorbe chaque année 50% des néo-CAPESiens. Traduction : Turn-over de 50% du corps enseignant et arrivage massif de professeurs jeunes qui pour une partie a choisi le professorat par défaut (pour éviter le chômage... que fait-on avec un master d'Histoire dans l'économie actuelle ?) et surtout ces enseignants, tous frais, sont inexpérimentés.

Bon nombre d'entre eux arrivent et découvrent un autre monde : celui des populations des banlieues à majorité issues des immigrations de travail d'Afrique discriminées et ségrégées.

Ce n'est pas avec ces enseignants que l'on va changer l'école ni même la refonder (sic).

Donc il faut penser à introduire des stages professionnels obligatoires dans les cursus de l'enseignement (les stages actuels sont soit trop court soit superficiel) qui seraient, une fois validés, la condition sine qua none d'obtention du poste d'enseignant.

Nous avons donc beaucoup de chemin avant d'améliorer l'école...

Le 1er argument précise que le directeur pourrait recruter des professeurs en fonction de son projet d'école, et sous réserve d'une présence de leur part de 3 ans, à minima. Cela implique qu'il pourrait casser la logique de nomination au barème qui conduit les enseignants les plus inexpérimentés à être affectés en ZEP dès le début de carrière. Par ailleurs, le critère de 3 ans vise à limiter le turn-over et permettre une certaine continuité pédagogique

L'idée peut paraître intéressante mais je me méfie de la notion "d'autonomie" sachant
ce que ça a donné pour les universités où certaines à cause d'une mauvaise gestion
de la part des directeur sont tombées en faillite

C'est une bonne idée dans le sens où chaque école a sa propre spécificité, en fonction du nombre d'élèves, des cours enseignés, qu'elle soit en ZEP ou non.

Cependant cela peut être un piège car il peut y avoir des écoles avec des programmes sur mesure mieux avancées, ou plus techniques, créant ainsi des écarts de niveau par rapport à d'autres qui ont un programme plus léger. Ainsi on peut augmenter le risque de voir des écoles sous-côtées.

A méditer...

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