La crise du syndicalisme français est liée à des facteurs internes et externes. Tout d’abord, si l’on regarde les facteurs externes, il faut constater que les progrès sociaux nés des Trente Glorieuses ont, depuis longtemps, marqué le pas. Aujourd’hui, en période de conjoncture économique dégradée, il est plus difficile d’envisager de nouvelles conquêtes sociales : dans des domaines tels que la protection sociale, le chômage, la formation, l’action syndicale n’est plus conquérante, elle est conservatrice. La mondialisation a créé une pression à la baisse sur les salaires, la durée et les conditions de travail. La concurrence de pays émergents, dans lesquels le syndicalisme est très faible, a provoqué un arrêt voire une remise en cause des acquis syndicaux obtenus naguère. En matière de facteurs internes, les syndicats ne peuvent plus se représenter le monde selon la lutte des classes : les entreprises ne sont plus gérées comme au temps du taylorisme ou du fordisme.

Le syndicalisme militant, inspiré de l’idéologie marxiste, ne rassemble plus les salariés : les syndicats ne sont plus perçus comme les défenseurs de tous les salariés, mais seulement d’une minorité. C’est pourquoi je propose de refonder notre modèle syndical en nous inspirant du syndicalisme de services.

Pour que les salariés soient mieux représentés :

faisons une refonte du modèle syndical français.


Comment refonder le modèle syndical français ?

En renforçant le service minimum en cas de grève

Le syndicalisme français, pris en otage par le dogme marxiste, et la culture du blocage, ne mesure pas assez les contraintes qu’il fait peser sur les salariés. Dans le secteur du transport ferroviaire, une mobilisation syndicale peut avoir un fort pouvoir de nuisance. Si un salarié peut s’adapter à une grève de 24 heures, en posant un RTT ou en travaillant de chez lui, le fait que celle-ci soit prolongée pose de réels problèmes de conditions et de temps de transport, mais aussi financiers. Pour parer à ces désagréments, le service minimum doit être renforcé, sans quoi le degré de soutien peut rapidement s’effriter.

En développant un syndicalisme de services

Un syndicalisme de services "à la française", axé sur des services aux adhérents dans de nombreux domaines, permettrait de donner du sens à l’adhésion. C’est la capacité de nos syndicats à offrir des avantages concrets, en permanence, qui sera décisive pour augmenter le taux d’adhésion. Dans tous les pays européens appliquant ce modèle, tels la Suède, le Danemark ou la Finlande, les taux de syndicalisation affichés sont les plus élevés d’Europe avec plus de 70% de salariés syndiqués. Cela doit donc être développé car nos syndicats doivent pouvoir fournir de nombreux services : santé, juridique, financier, familial, loisirs.

En conditionnant l'accès aux services à l'adhésion

En conditionnant l’accès aux prestations sociales au fait d’adhérer à un syndicat, les salariés seront mécaniquement amenés à se syndiquer. Pour pallier à notre très faible taux de syndicalisation (le plus faible des pays de l’OCDE avec 8%), il serait pertinent d’adopter, en France, ce système dit "de Gand". Tous les pays qui y ont recours ont pu créer et maintenir un fort taux de syndicalisation. Aux prestations sociales s’ajouterait l’accès à une large palette de services tels que l’accès à la mutuelle de l’entreprise, à des régimes d’assurance à prix réduits, à des forfaits vacances, à des cours de langues étrangères…

En fixant un seuil d'adhésions pour étendre un accord de branche

Le taux de syndicalisation est un élément de légitimité incontournable : l’extension d’un accord de branche doit être permise à partir d’un certain niveau de représentativité. Or, jusqu’ici, notre faible taux de syndicalisation se voit gratifier d’un des taux de couverture conventionnelle les plus importants de l’OCDE, soit 93% en 2008. Résultat : les salariés n’ont pas besoin d’adhérer à un syndicat pour bénéficier des accords, et les syndicats n’ont pas besoin de faire adhérer pour avoir une influence forte. C’est pourquoi il faudrait que 51% de salariés soient syndiqués au sein d’une branche pour qu’une extension soit possible.

En liant financement et représentativité

Le financement des syndicats dépend trop peu des cotisations des adhérents : il faut qu’il soit lié à l’atteinte d’une audience nationale significative. Jusqu’ici, la règle légale du "préciput" autorisait les organisations patronales et syndicales à prélever jusqu'à 1,5% des sommes mutualisées pour la formation professionnelle, une collecte allant de 60 à 80 millions d'euros par an. La nouvelle loi, entrant en vigueur au 1er janvier 2015, a mis fin à ce système en instaurant un financement basé sur une contribution des entreprises et de l’Etat à un fonds paritaire. Or, quel que soit le mode de collecte, le versement des sommes collectées doit être lié à l’atteinte progressive d’une audience nationale de 8% du corps salarial.

En mettant fin à l'opacité du financement syndical

Alors que, dans d’autres pays européens, le financement des syndicats a pu faire l’objet d’un bilan exhaustif, le manque de transparence du système français doit être résolu. Dans un rapport remis au Premier Ministre par le conseiller d’Etat Raphaël Hadas-Lebel, en 2006, l’auteur indique que « Ce domaine est caractérisé par une grande opacité ». Plusieurs facteurs concourent, selon lui, à ce manque de lisibilité parmi lesquels l’absence d’obligation de publication des comptes des syndicats. C’est pourquoi les syndicats doivent désormais publier leurs comptes, et rendre compte de l’utilisation des fonds alloués.

En donnant aux syndicats la responsabilité exclusive des accords collectifs

Si des mesures de représentativité sont mises en place, il faudra alors que les syndicats soient dotés du droit exclusif de négocier les accords de branche, l’Etat restant médiateur en cas de conflit. Selon la direction générale du Trésor, la faible syndicalisation des salariés français expliquerait, pour partie, les relations sociales conflictuelles de notre pays, et ses difficultés à mener à bien des réformes d’ampleur. En favorisant la négociation entre un patronat et des syndicats représentatifs des salariés, et conscients des enjeux sectoriels, cela permettrait des avancées sociales tout en veillant à la productivité de la branche.


"Il n'est rien au monde d'aussi puissant qu'une idée dont l'heure est venue." Victor Hugo

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